ADN : Avenir Des NEET, édition suisse. Pourquoi la Suisse compte si peu de NEET, et ce que la France peut en retenir
En cette période, la question de la jeunesse revient au premier plan. La France compte environ 1,5 million de NEET, ces jeunes de 15 à 29 ans ni en emploi, ni en études, ni en formation. Pour mieux comprendre comment réduire ce chiffre, nous avons regardé ailleurs, chez nos voisins. Dans cette édition spéciale de notre série ADN (Avenir Des NEET), cap sur la Suisse, souvent citée parmi les pays où la part de NEET est la plus faible. Comment s’y prend-elle ? Et que peut-on en retenir pour la France ?
Un point de départ : où en est la France ?
En France, la part des NEET atteint 13,3 % des 15-29 ans au deuxième trimestre 2026, soit environ 1,5 million de jeunes. La moyenne de l’Union européenne s’établit à 11,0 % en 2025 selon Eurostat, et l’objectif européen vise moins de 9 % en 2030. Les pays les plus bas sont les Pays-Bas (5,3 %) et la Suède (5,9 %).
Côté OCDE, la moyenne des 18-24 ans NEET atteint 14 % en 2025, avec un minimum de 5 % en Islande, selon Regards sur l’éducation 2026.
La Suisse figure dans le peloton de tête, mais pas forcément en première place : le classement varie selon la tranche d’âge (15-24, 18-24 ou 15-29 ans) et selon la source (OFS, Eurostat, OCDE). D’après les derniers chiffres que nous avons pu vérifier dans une publication relayée par swissinfo (2020) : l’Office fédéral de la statistique (OFS) comptait alors 6,3 % de NEET parmi les 15-29 ans, soit environ 90 000 personnes, contre 8,1 % en 2010.
L’apprentissage, une voie normale et non une voie de relégation
C’est la première clé du modèle suisse. Près de deux tiers des jeunes choisissent une formation professionnelle initiale après l’école obligatoire, selon le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). L’apprentissage s’y décline dans environ 250 professions.
Concrètement, un jeune de 15-16 ans entre dans une entreprise avec un contrat, un salaire et un maître d’apprentissage. Il alterne entre l’entreprise, l’école professionnelle et des cours interentreprises. Il ne se retrouve donc jamais « sans rien ». Et surtout, personne ne considère cette voie comme un second choix : elle est la voie majoritaire.
Des métiers définis par les professionnels eux-mêmes
Les organisations du monde du travail (les OrTra), c’est-à-dire les branches professionnelles, définissent les contenus des formations. Les diplômes collent ainsi aux besoins réels des entreprises, ce qui limite le décalage entre ce que l’on apprend et ce que les employeurs recherchent.
Deux niveaux de diplôme, et des passerelles
La Suisse adapte la durée au profil du jeune :
- L’attestation fédérale de formation professionnelle (AFP), en 2 ans, sert de premier palier, notamment pour les profils fragiles ;
- Le certificat fédéral de capacité (CFC), en 3 ou 4 ans, ouvre l’accès à un métier qualifié.
On peut enchaîner l’AFP puis le CFC. La maturité professionnelle donne ensuite accès aux Hautes écoles spécialisées (HES). Résultat : la voie professionnelle ne ferme aucune porte, ce qui la rend attractive aux yeux des familles.
Un indicateur de pilotage : la certification, pas le chômage
Confédération et cantons ont fixé un objectif commun : 95 % des jeunes de 25 ans doivent détenir un diplôme du degré secondaire II (apprentissage ou voie générale). Cet objectif, formulé dès 2006 dans les lignes directrices de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), constitue le seul objectif chiffré de l’espace suisse de formation.
Il ne s’agit pas d’un indicateur de chômage, mais de certification : l’enjeu consiste à faire en sorte que chaque jeune obtienne un titre. Et la CDIP le reconnaît elle-même : cet objectif n’a jamais été atteint, le taux tourne autour de 90 % et recule depuis quelques années.
Un accompagnement individuel et des mesures de transition
Les cantons ont l’obligation légale de préparer à la formation professionnelle les jeunes qui présentent un déficit de formation à la fin de la scolarité obligatoire. Pour cela, ils disposent de plusieurs outils :
- Les mesures de transition : années de raccordement, préapprentissage, 10e année scolaire ;
- Le Semestre de motivation (SeMo), destiné aux 15-25 ans sans formation achevée : gratuit, financé par l’assurance-chômage, il dure en principe six mois (renouvelables), avec coaching individuel, ateliers pratiques (menuiserie, cuisine, informatique…) et stages en entreprise ;
- Le case management « Formation professionnelle », un repérage précoce et un suivi individuel : un référent coordonne école, orientation, aide sociale et entreprises autour du jeune.
L’idée centrale : occuper le jeune à plein temps, dans un environnement proche de l’entreprise, avec un objectif clair, celui de décrocher une place d’apprentissage ou une formation.
Les limites, à ne pas passer sous silence
Le modèle suisse n’a rien d’un conte de fées, et ses propres acteurs le soulignent :
- Des disparités cantonales. L’accompagnement varie d’un canton à l’autre, et la Suisse romande certifie moins que la Suisse alémanique. Selon swissinfo, Genève affichait le taux de certification à 25 ans le plus bas du pays, sous les 85 %.
- Des écarts selon l’origine. Selon l’OCDE, les jeunes nés à l’étranger affichent un taux de NEET d’environ 10,7 %, contre 5,9 % pour les jeunes nés en Suisse.
- Une orientation précoce. Le système oriente les jeunes vers 15 ans. Cela favorise l’insertion, mais on lui reproche parfois de reproduire les inégalités sociales.
- Des résultats inégaux des dispositifs d’accompagnement. Des spécialistes jugent le taux de réussite des réseaux de case management encore limité pour les 15-29 ans.
- Une conjoncture favorable. Un chômage faible facilite l’insertion, mais il relève du contexte et non d’un choix de politique publique.
Ce que la France peut en retenir
Impossible de copier-coller un système né d’une histoire et d’une culture économique différentes. En revanche, plusieurs principes se transposent :
- Faire porter les métiers par les branches professionnelles, pour que la formation colle à l’emploi réel ;
- Proposer un premier palier court et certifiant, avec des passerelles pour aller plus loin ;
- Piloter par la certification, et pas seulement par le taux de chômage ;
- Accompagner chaque jeune individuellement, plutôt qu’empiler les dispositifs ;
- Mettre les jeunes en activité réelle, dans un cadre proche de l’entreprise, avant l’entrée en emploi ou en apprentissage.
La France a déjà posé certaines briques, comme l’obligation de formation jusqu’à 18 ans, instaurée en 2019. Reste à les articuler et à les financer dans la durée, alors que les moyens consacrés à la formation des jeunes se tendent (voir notre précédent article ADN sur la rentrée).
Une approche qui s’en inspire
Ces principes résonnent avec ce que nous faisons au quotidien. Forma’Cargo forme, en deux mois, à la construction modulaire hors site, avec à la clé une certification de niveau 3 (équivalent CAP) reconnue au RNCP. Le travail se déroule en atelier, dans un cadre productif réel, proche de celui d’une entreprise. La formation est courte, certifiante et finançable, et elle prépare à un métier émergent, reconnu comme tel par France Compétences trois années consécutives, dans un secteur du BTP en tension.
Notre conviction : une formation courte, concrète et ancrée dans les besoins des entreprises peut offrir à des jeunes éloignés de l’emploi un premier palier solide, d’où il est possible de poursuivre vers d’autres qualifications.
Nous réfléchissons constamment au déploiement de projets pour les jeunes et l’avenir du BTP. Si vous souhaitez suivre nos projets, en discuter ou les valoriser, vous pouvez devenir partenaire Forma’Cargo.
Sources :
- Eurostat, « Fewer young people not in work or education in 2025 »
- OCDE, Regards sur l’éducation 2026, transition de l’éducation vers l’emploi
- CDIP, « L’objectif 95 % et le rapport sur l’éducation ont 20 ans »
- SEFRI, La formation professionnelle en Suisse, faits et chiffres 2024
- Ville de Lausanne, Semestre de motivation (Mobilet’)
- swissinfo (mai 2022), données OFS 2020 sur les NEET en Suisse
